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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 04:39

                   

   Mirage de la perspective. On descend du remblai citadin de Tharon à l'heure où les plages se vident, on découvre pour la première fois se tendre au bras droit de l'anse, dans la lumière fraîchie, la manche gris amande et laineuse posée sur le sable désert, on croit alors caresser du regard une côte désolée. Le voyageur qui projette déjà une escapade sylvestre songerait-il que la forêt qui se pommelle abrite plus d'hommes et de villas que la station où il est descendu pour la nuit ? Mais son désenchantement, le lendemain, se tempérerait vite à fouler aux abords des Rochelets le terreau d'akènes et d'aiguilles sèches le long d'allées qui dodelinent, surplombent un chalet de planches qui somnole dans un sous-bois, biaisent au pied d'un coteau sableux où s'étagent dans la cendre des mimosas et la brume carminée des tamaris, les auvents, les galeries à arcades, les toits blonds d'une villa d'albâtre. Modestes ou opulentes, les demeures semblent espacer des rêves distincts, longtemps caressés, dont la fantaisie est naïve et voyageuse : fermes normandes à faux colombages peints, bicoques à auvents étroits, aux fines boiseries de pagode, chalets suisses, bourrines vendéennes, mas provençaux... A l'évasement désuet de leurs arcades, on repère les villas des années soixante qui poussaient comme des mousserons au bord des futaies plates entre les pluies de deux automnes. Des feuilles de lilas éclairent un lopin redevenu sauvage où les ronces s'accrochent aux genêts et aux chênes verts. Les yeuses encore, à peine distinctes des houx qui frôlent le grillage meublent avec quelques lauriers-tins le jardin sylvestre d'une maison aux tuiles reconnues dont le chaperon rougit à l'ombre. Un peu loin au-dessus de la haie, sous l'arcade d'une terrasse en niche, un vieux monsieur sert un pot d'orangeade à une tablée souriante tandis qu'un énorme hortensia rose perle se boursoufle au bas du perron derrière la trame des feuilles vernies.

 

   Le ciel s'est voilé. Des âcretés d'humus, des amertumes de lierre assourdissent l'odeur aiguë des pins. Les mimosas se mêlent aux genêts dans des fourrés que colore à peine de temps en temps le crépon bleu des hibiscus. Les villas silencieuses se cachent entre les taillis dont l'ombre s'empâte. On songe aux fins de saison, aux hivers venteux dans la lumière ternie, quand la mer gerce le regard d'un sourd miroitement de givre gris vert, quand les plumeaux décolorés des tamaris battent sous la bise tout le long du remblai vide, quand, à la lisière des lopins boisés, l'ombre vitreuse semble cloquer de froid dans les interstices des roseaux, des genêts, des branches nues. On est descendu cette année-là quand toutes les villas hibernaient encore, closes et comme rétractées dans l'ombre fade de leur niche. Un rayon se risque, emmielle un muret blanc, disperse sur l'ombre brunie des éclats de jade, empoussière à la hâte d'un curieux jaune certains feuillages, puis abandonne. On croit sentir dans l'essoufflement de la bise des langueurs printanières mais la lumière ne suit pas, fait persister tout le jour ses blêmissements d'aube, jusqu'à ce que s'allume en un matin, comme un éclairage diurne et qui embaumerait, l'inflorescence floconneuse, la neige citronnée des mimosas.

 

 

 

 

 

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Published by les carnets de Clément Dousset - dans écriture
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