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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 05:07

 

                               

L'église de Saint-Brévin daterait du douzième siècle, ai-je appris il y a peu. A vrai dire, si le clocher de Saint-Michel-Chef-Chef surplombe nettement dans ma mémoire le bégaiement bizarre d'un nom, j'aurais cherché vainement la trace d'une église dans mes souvenirs lacunaires de Saint-Brévin-les-Pins. Je l'ai donc découverte cet été avec un brin d'amusement, moins haute de nef que la mairie d'une laideur nazairienne dont elle est la voisine, à peine plus haute de clocher que l'immeuble sordidement moderne qui lui fait face.  Elle a l'air -dans sa bonhomie romane restaurée proprettement- d'être une vénérable demoiselle venue exprès pour donner un peu de chic à la station et qui aurait pris soin de se confectionner une robe neuve, inspirée de modèles anciens. Ses chiens assis aux allures très profanes sont ardoisés de frais. Ses minces vitraux, cernés d'ombre mate dans leur embrasure miel, lancent au passage de vif reflets de soleil, sourient comme des yeux complices au torse nu des vacanciers. L'antique religieuse semble revivre une jeunesse à demi païenne dans l'insouciance des beaux jours.

 

   L'avenue du Maréchal Foch, légèrement ondulante, nous entraîne vers le sud entre des maisons aux toits de semblables tuiles. Plates, écussonnées, elles sont d'un orangé fade qui déplaît d'abord au regard. Elles ne supportent pas le grand soleil comme les tiges de botte campagnardes et rougeaudes. Mais, que la lumière s'opalise un rien et leur ocre trop sec s'embrume d'une vapeur rose, qu'on n'avait pas perçue d'abord et qui émeut. L'oeil s'amuse aux pignons qui pointent malicieusement au milieu d'une largeur de pente, mitrent un avant-corps latéral, somment en façade l'étroite demeure qui se faufile dans un jardinet. Tantôt la toiture y fait saillies en plat-bord de barque où, sous les voliges gris de mer, les pannes avancent des moulures d'étraves. Tantôt elle se rabat en capuche, faisant au pignon une manière de chaperon rose.

 

   Au rond-point de Santanora, on sent déjà le forêt mais on y entre plus loin en contournant le Fief, vers la Bridelais où les pins sont dispersés parmi des essences plus fraîches. De la Fouilleuse à Neuvilette, on ne trouve point non plus ces étouffantes pinèdes qui grésillent sous le soleil d'août comme aux Rochelets, là où les lotissements se dispersent entre les landes de dunes. des souvenirs d'aigres piqûres en foulant pieds nus les aiguilles mal sèches, d'insupportables frottements sur le torse de ces blaireaux traîtres aux piquants de hérisson ont fini par irriter ce qui dans le regard communique aux entrailles. Et, quand la lumière croûte de sang séché le magmas épineux dont l'olivâtre se fume ou se décolore, qu'elle chauffe à blanc ici ou là les poils dispersés d'une brosse de métal, alors on n'ouvre pas les poumons sans malaise à l'air résineux et compact, on craint de faire frôler à la plèvre les aiguilles qui brûlent. Autour des akènes desséchées, le sable du talus craquelle, sali de poussière âcre. Entre les yeuses qui montent sous la futaie, l'ombre à des noirceurs de brandon fumant. Et la trouée de soleil, là-bas, sablonneuse entre les ronces, dont la profondeur semble être creusée à même notre nausée naissante, se beurre d'une lumière rancie.

 

   Je n'ai pas l'âme landaise et ne rêve pas de canicule. Mes arbres d'été sont les acacias qui ont à l'Océan leur avenue dont ils comblent la perspective. Le nom même, à le prononcer, fait une agacerie délicieuse à la bouche et je retrouve mes menottes d'enfant à enserrer les tiges, les riper jusqu'à sentir dans la paume toute la fraîcheur tendre des feuilles arrachées. Les acacias se mêlent aux chênes, avenue de La Forêt, et versent jusqu'aux bouquets de lauriers-tins leurs frondaisons lascives. En haut de la voie sylvestre, les villas respirent le bord de mer et intercalent entre des haies de troènes ou de chênes verts des petits jardins à murs bas, fleuris d'hibiscus, de parterres de dahlias ou de glaïeuls en arrière plan, de quelques roses, mais la perspective de l'avenue verdoie toute là où la chaussée s'effondre. Les frondaisons des pins somment en masse touffue le relief végétal qui grimpe d'un ravin mystérieux. Ce n'est pas comme l'allée des Cigales remontée vers deux heures quand il fait trop chaud, en sortant de l'allée du Rocher Vert : l'oeil s'y heurte d'entrée à un panneau biaisant où les aiguilles des pins trop proches brossent en lignes crochues et diagonales des roussoiements d'incendie aux stries verdâtres, avec cette grossière nervosité de touche que je n'aime pas. Là, dans la fluide lumière de onze heures, je ralentis l'allure, je retiens mon souffle, j'installe en ma poitrine les volutes bleuâtres, les mamelons blafards, les coulées de mousse émeraude, les glacis d'un frais tilleul, je tâche de faire surgir en moi, du même tréfonds délicieux d'où ils s'élèvent à mon regard, ces rinceaux de feuillage pétrifiés comme à l'encaissement d'une gorge, sous les frondaisons émoussées des grands pins.

 

 

 

 

 

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Published by les carnets de Clément Dousset - dans écriture
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