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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 11:32

Parlons d’oeufs ! et de quoi donc d’autre causer aujourd’hui aux fins fonds de ma campagne ? Pas trop content de mes nouvelles poules, les jaunes, celles qui pondent des oeufs d’une bonne grosseur, dans les rose orange. J’avais des grises jusqu’alors qui me font des oeufs pâlots, un rin fadasses. J’ai investi, nom d’une pipe ! J’en ai acheté de la volaille. “On va voir c’qu’on va voir c’matin !” j’me suis dit. Ben j’ai cherché, j’avons quarcé comme on disait par chez nous. Faut dire qu’a pondent n’importé où les sales bêtes. J’ai bien cherché donc. Au fond des nichoirs, pour sûr ! Aussi dans le paillé, dans le chiendent, derrière les gamelles, dans les coins, dans les recoins. Ah ça, j’ai pas laissé passer un oeuf. Et pis j’ai fait un peu mes comptes. Ben c’est pas vraiment net le rapport. Peur d’en avoir été beaucoup de ma poche pour pas grand chose. Enfin, vous me direz, on verra toujours plus tard… En attendant, ça m’a donné un coup de mouron. Heureusement que j’ai mon litron de cabernet !

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 11:16

  

Coups de froid. Coups de vent. Girouettes qui crient. Bourrasque qui déplume le prunier en fleurs, jette dans la boue un vol de pétales. Ciel gris ensoleillé et pluvieux. Filets d'air glacé qui serpentent dans la maison, nous cinglent soudain l'omoplate. Eclats, éclipses, tournoiements de lumière quand la bise fait se cogner les têtes des lilas mal fleuris et arrache les robes des tulipes. Grand soleil, repos soudain de l'air, flux de parfum à se pâmer. Puis giboulée fracassante et glaciale. Il est grand temps que cette campagne se termine. Et ce méchant avril pourri par l'hiver sarkoziste. On le croit mort un jour, le revoilà caché derrière toute une ribambelle de mensonges, de mirages, de caresses. Le Monde énumère ce jour toutes les fraîches tromperies du pantin déchaîné. A peine a-t-il fracassé une idée de l'autre camp qu'il la ramasse, la caresse et la brandit comme sienne. On n'en peut plus de s'exaspérer et on se dit que pendant plus de quinze jours encore on connaîtra pire. On sent, on voit le soleil sous des giclées de pluie acide.. Ca nous fait bilieux, mauvais, insupportables pour des amis chez lesquels on ne tolère plus l'ombre d'un désaccord. Oh mai ! mai ! hâte-toi, joli mai !

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 11:14

Coups de froid. Coups de vent. Girouettes qui crient. Bourrasque qui déplume le prunier en fleurs, jette dans la boue un vol de pétales. Ciel gris ensoleillé et pluvieux. Filets d'air glacé qui serpentent dans la maison, nous cinglent soudain l'omoplate. Eclats, éclipses, tournoiements de lumière quand la bise fait se cogner les têtes des lilas mal fleuris et arrache les robes des tulipes. Grand soleil, repos soudain de l'air, flux de parfum à se pâmer. Puis giboulée fracassante et glaciale. Il est grand temps que cette campagne se termine. Et ce méchant avril pourri par l'hiver sarkoziste. On le croit mort un jour, le revoilà caché derrière toute une ribambelle de mensonges, de mirages, de caresses. Le Monde énumère ce jour toutes les fraîches tromperies du pantin déchaîné. A peine a-t-il fracassé une idée de l'autre camp qu'il la ramasse, la caresse et la brandit comme sienne. On n'en peut plus de s'exaspérer et on se dit que pendant plus de quinze jours encore on connaîtra pire. On sent, on voit le soleil sous des giclées de pluie acide.. Ca nous fait bilieux, mauvais, insupportables pour des amis chez lesquels on ne tolère plus l'ombre d'un désaccord. Oh mai ! mai ! hâte-toi, joli mai !

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 07:55

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   Le vent d'ouest a molli sous la chaleur ce tantôt-ci. Il court moins vite que les enfants sur la langue d'eau mousseuse. On fait comme eux. On tape exprès des pieds avec des claquements élastiques le sable aqueux mais ferme jusqu'à faire gicler aux genoux une corolle d'eau diaphane. On a bien fait dix mètres dans la mer qu'on ne baigne guère plus que les chevilles. On s'arrête alors pour cueillir du regard la végétation d'eau qui dissémine ses touffes. La mer qui monte à Saint-Brévin n'est certes pas celle qui casse ses rouleaux vers Pornic sur les éboulis des falaises. Mais à Tharon même je n'ai pas vu glisser autour de moi -des derniers gonflements de houle jusqu'au sable lisse- ces frisottis éparpillés presque aussi ronds et guère plus larges que les touffes d'immortelles des dunes. Là ce n'est qu'un simple pétillement d'eau gazeuse qu'on suit à l'oreille mais ici ce sont de vrais croisillons de dentelle qui desserrent un peu dans la glissade l'ouvrage sans cesse rebrodé. Ailleurs l'eau, comme visqueuse, soulève de bulles noires une translucide écume dans un bouillonnement de sucre qui cuit au perlé. Et toutes ces gâteries pour enfants sages vont fondre sur les langues étalées des vagues, au pied des marmots. Moi, je vais jouer avec les grands, dans les tranchées mobiles entre les crêtes, plongeant sous la vague, riant après avoir dégluti la saumure molle qui râpe la gorge et soulève le coeur, coulant plusieurs brasses, croyant avoir perdu pied et me retrouvant bien sur mes jambes avec de l'eau à  mi-torse, affaissant alors sur les pentes de ces montagnes russes, les bras levés comme pour une pantomime tragique, mon corps frissonnant d'allégresse. Et puis partant à coulées longues et pensives vers le large, comme autrefois, comme si mon corps n'avait fait qu'ajouter à sa jeunesse une vigueur qui ne s'épuise plus.

    Et je reviens, amorçant dans le golfe un virage qui s'étire, accrochant enfin mon regard à la pointe Saint-Gildas, le laissant savourer au Redois, sur les falaises, le sucre glace qui givre ces cassures de prâlines brunes, le ramenant au rythme de poussées plus vives vers les hérissements de jade autour de moi. Ils dansent, tombent, remontent avec de mutins caprices, une alacrité joueuse -facettés et mobiles de partout, tendant peut-être à des regards lointains, dans l'uniformité verdâtre de leur teinte, ces reflets versicolores dont on cherche le secret.

 

   La lumière étourdit de délice au sortir de la baignade. Elle glisse sur l'immense bord d'assiette à dessert où les couleurs du chocolat, de la crème glacée au caramel, à la noisette, à la vanille échelonnent et fondent leurs tranches jusqu'à un reste de glace à la fraise couronnée d'angélique dans les hauteurs des Rochelets. Je préfère digérer près du casino de l'Océan mes dégustations d'enfant gâté, la tête lourde à même le sable qui chauffe. Des volutes de brise s'écrasent sur mes côtes, roulent sur mon dos qui brûle. Ma paupière traversée d'écarlate flamboie sur des rêves de brute dans l'engourdissement qui a gagné mon corps repu... Je m'éveille à demi dans une volupté quiète qui s'étire tout le long de mon torse de reptile. Des paroles, assez loin de moi, tournoient dans les jeux de brise, rejoignent la rumeur ondulante, déchirée et obscure que font les voix humaines aux oreilles animales des dormeurs de plage. C'est l'heure ancienne qui approche, l'heure reconnue où tombent les ardeurs du jour avant les frissonnements du soir. Mon corps a retrouvé de lui-même, coudes pliés en avant, la juste obliquité sur la pente qu'il épouse. Mon regard rase le sable jusqu'au chiendent des dunes. Le soleil ne brûle plus dans la bonté de l'air. A mille lieues des devoirs de vacances astreignants et futiles, j'aurais donné la moitié de ma vie, jadis, à Saint-Brévin, pour l'abandon ineffable de cette heure qui commence.

 

   ANCENIS, août 1991

 

 

 

 

 

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 15:59

 

                                          7- Fleurs des dunes

 

 

   Cet après-midi le soleil tape continûment. Avenue du Vieux Logis, les bouquets de feuilles de chêne montent dans un dégoulinement d'ombre, plus frisés que les laitues de mer. Les frondaisons des pins craquellent sur l'azur torride, plus noires que les goémons secs. L'odeur de résine, alourdie, rejoint l'âcreté sourde du sable qu'on foule. Là où l'allée des Cigales prolonge le boulevard de l'Océan, un coulis de brise tiède vous enivre. Alors l'envie vous prend de courir dans les dunes du rivage, de sauter par-dessus les touffes d'immortelles et leur odeur de café brûlant, de frôler d'une main rapide les épis touffus des oyats, de ramper entre les lianes vert frais du liseron, de chercher près de leurs calices bleus ou des giroflées mauves la fleur qui souffle des fraîcheurs de jardin clos à deux pas de l'océan, les trois plumes ébouriffées de l'oeillet maritime, dont le rose pâle bleuit à l'ombre. Vous n'en avez pas trouvé peut-être et, frustré de leur parfum, vous jetez sur la mer un regard comme avide. Près de la plaque réverbérante où les couleurs s'étouffent sous un granité blanc, vous cherchez le secret de ce mouvant délice qui travaille vos viscères, y étale et y fond des paillettes de menthe bleue sur d'épaisses crèmes à la prâline, à la pistache, au citron dans l'incessant et bleuâtre feuilletage de la lumière.

 

 

 

 

 

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 15:54

 

Dans le bus de Vincennes qui me conduit au métro pour retourner à la gare et, de là, vers ma province, une femme noire se penche vers moi, accroche son regard vers le col de mon blouson : "vous étiez là hier ?" Je comprends en même temps que c'est mon badge qu'elle fixe : "François Hollande 2012". Je revois ses yeux derrière ses lunettes, bruns et lumineux, comme éblouis encore : "Ces gens...tous ces gens... j'en avais la chair de poule.  je suis allée à la Bastille pour Mélenchon, mais c'était pas ça, pas tant !"...

C'est merveilleux ce besoin de parler qui fleurit chez les gens, les pousse à s'adresser à l'inconnu, à celui qui n'a même pas sa couleur de peau mais qui porte sur lui ce petit signe qui appelle la confiance, à parler de ce qu'on a vécu de profond, de fort.

 

Je pensais avant de prendre ce bus à ce que j'allais pouvoir écrire pour témoigner. Mais je n'ai même pas à écrire. J'ai juste à transcrire ces mots qu'on m'a dits, montrer ces images cueillies dans la confusion heureuse. Et ces mains qu'on a serrées , et cette houla qu'on a faite. Et ce blanc fantôme d'une justice blessée venue danser avec nous.

 

Peut-être, comme cette jeune femme noire, avais-je peur d'y croire jusque là, peur de ce que Hollande appelle l'"anesthésiante euphorie". Mais il y a des moments, c'est comme ça, c'est trop évident et c'est trop doux. Tous ces gens si divers, si simples, si ouverts, si fraternels. Cette rencontre d'un discours qui dit l'unité, l'égalité, la solidarité, la fraternité et d'une réalité palpable comme l'air plus léger soudain. Ce rêve qui n'est pas fumeuse utopie, qui sait prendre la mesure des choses et des obstacles, et qui est porté avec nous par l'assurance affichée d'un homme.

 

C'est Delanoë, je crois, qui parla de cette place de la "Discorde", cette place avec des carrés comme des bataillons hostiles, ces allées entre comme des fossés qui séparent, ces drapeaux uniformes empoignés comme des armes.

 

Là, à Vincennes, de l'esplanade aux allées, personne qui ne soit à portée de main ou à continuité de vague. Sauf bien sûr, ceux qui étaient espérés quand même mais qui ont choisi de s'isoler dans leur extrémisme farouche et leur mépris. Ceux qui ne veulent pas que la gauche gouverne tout en se réclamant d'elle. Ceux qui, chaque jour, à longueur de billets, d'articles, de blogs passent leur temps à stigmatiser le candidat des socialistes et les socialistes eux-mêmes, qui parlent de l'UMPS de la même façon que le Front National, qui mettent tout leur talent, leur ironie, leurs sarcasmes, leur mesquinerie aussi, leur hargne parfois à salir l'espoir qu'on est venu chanter à Vincennes et à l'étouffer. Qu'ils en prennent la mesure au moins !


 

 

 

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 13:20

   

Dans le bus de Vincennes qui me conduit au métro pour retourner à la gare et, de là, vers ma province, une femme noire se penche vers moi, accroche son regard vers le col de mon blouson : "vous étiez là hier ?" Je comprends en même temps que c'est mon badge qu'elle fixe : "François Hollande 2012". Je revois ses yeux derrière ses lunettes, bruns et lumineux, comme éblouis encore : "Ces gens...tous ces gens... j'en avais la chair de poule.  je suis allée à la Bastille pour Mélenchon, mais c'était pas ça, pas tant !"...

 

 

 

C'est merveilleux ce besoin de parler qui fleurit chez les gens, les pousse à s'adresser à l'inconnu, à celui qui n'a même pas sa couleur de peau mais qui porte sur lui ce petit signe qui appelle la confiance, à parler de ce qu'on a vécu de profond, de fort.

 

Je pensais avant de prendre ce bus à ce que j'allais pouvoir écrire pour témoigner. Mais je n'ai même pas à écrire. J'ai juste à transcrire ces mots qu'on m'a dits, montrer ces images cueillies dans la confusion heureuse. Et ces mains qu'on a serrées , et cette houla qu'on a faite. Et ce blanc fantôme d'une justice blessée venue danser avec nous.

 

Peut-être, comme cette jeune femme noire, avais-je peur d'y croire jusque là, peur de ce que Hollande appelle l'"anesthésiante euphorie". Mais il y a des moments, c'est comme ça, c'est trop évident et c'est trop doux. Tous ces gens si divers, si simples, si ouverts, si fraternels. Cette rencontre d'un discours qui dit l'unité, l'égalité, la solidarité, la fraternité et d'une réalité palpable comme l'air plus léger soudain. Ce rêve qui n'est pas fumeuse utopie, qui sait prendre la mesure des choses et des obstacles, et qui est porté avec nous par l'assurance affichée d'un homme.

 

C'est Delanoë, je crois, qui parla de cette place de la "Discorde", cette place avec des carrés comme des bataillons hostiles, ces allées entre comme des fossés qui séparent, ces drapeaux uniformes empoignés comme des armes.

 

Là, à Vincennes, de l'esplanade aux allées, personne qui ne soit à portée de main ou à continuité de vague. Sauf bien sûr, ceux qui étaient espérés quand même mais qui ont choisi de s'isoler dans leur extrémisme farouche et leur mépris. Ceux qui ne veulent pas que la gauche gouverne tout en se réclamant d'elle. Ceux qui, chaque jour, à longueur de billets, d'articles, de blogs passent leur temps à stigmatiser le candidat des socialistes et les socialistes eux-mêmes, qui parlent de l'UMPS de la même façon que le Front National, qui mettent tout leur talent, leur ironie, leurs sarcasmes, leur mesquinerie aussi, leur hargne parfois à salir l'espoir qu'on est venu chanter à Vincennes et à l'étouffer. Qu'ils en prennent la mesure au moins !

Clément Dousset

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 04:39

                   

   Mirage de la perspective. On descend du remblai citadin de Tharon à l'heure où les plages se vident, on découvre pour la première fois se tendre au bras droit de l'anse, dans la lumière fraîchie, la manche gris amande et laineuse posée sur le sable désert, on croit alors caresser du regard une côte désolée. Le voyageur qui projette déjà une escapade sylvestre songerait-il que la forêt qui se pommelle abrite plus d'hommes et de villas que la station où il est descendu pour la nuit ? Mais son désenchantement, le lendemain, se tempérerait vite à fouler aux abords des Rochelets le terreau d'akènes et d'aiguilles sèches le long d'allées qui dodelinent, surplombent un chalet de planches qui somnole dans un sous-bois, biaisent au pied d'un coteau sableux où s'étagent dans la cendre des mimosas et la brume carminée des tamaris, les auvents, les galeries à arcades, les toits blonds d'une villa d'albâtre. Modestes ou opulentes, les demeures semblent espacer des rêves distincts, longtemps caressés, dont la fantaisie est naïve et voyageuse : fermes normandes à faux colombages peints, bicoques à auvents étroits, aux fines boiseries de pagode, chalets suisses, bourrines vendéennes, mas provençaux... A l'évasement désuet de leurs arcades, on repère les villas des années soixante qui poussaient comme des mousserons au bord des futaies plates entre les pluies de deux automnes. Des feuilles de lilas éclairent un lopin redevenu sauvage où les ronces s'accrochent aux genêts et aux chênes verts. Les yeuses encore, à peine distinctes des houx qui frôlent le grillage meublent avec quelques lauriers-tins le jardin sylvestre d'une maison aux tuiles reconnues dont le chaperon rougit à l'ombre. Un peu loin au-dessus de la haie, sous l'arcade d'une terrasse en niche, un vieux monsieur sert un pot d'orangeade à une tablée souriante tandis qu'un énorme hortensia rose perle se boursoufle au bas du perron derrière la trame des feuilles vernies.

 

   Le ciel s'est voilé. Des âcretés d'humus, des amertumes de lierre assourdissent l'odeur aiguë des pins. Les mimosas se mêlent aux genêts dans des fourrés que colore à peine de temps en temps le crépon bleu des hibiscus. Les villas silencieuses se cachent entre les taillis dont l'ombre s'empâte. On songe aux fins de saison, aux hivers venteux dans la lumière ternie, quand la mer gerce le regard d'un sourd miroitement de givre gris vert, quand les plumeaux décolorés des tamaris battent sous la bise tout le long du remblai vide, quand, à la lisière des lopins boisés, l'ombre vitreuse semble cloquer de froid dans les interstices des roseaux, des genêts, des branches nues. On est descendu cette année-là quand toutes les villas hibernaient encore, closes et comme rétractées dans l'ombre fade de leur niche. Un rayon se risque, emmielle un muret blanc, disperse sur l'ombre brunie des éclats de jade, empoussière à la hâte d'un curieux jaune certains feuillages, puis abandonne. On croit sentir dans l'essoufflement de la bise des langueurs printanières mais la lumière ne suit pas, fait persister tout le jour ses blêmissements d'aube, jusqu'à ce que s'allume en un matin, comme un éclairage diurne et qui embaumerait, l'inflorescence floconneuse, la neige citronnée des mimosas.

 

 

 

 

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 05:07

 

                               

L'église de Saint-Brévin daterait du douzième siècle, ai-je appris il y a peu. A vrai dire, si le clocher de Saint-Michel-Chef-Chef surplombe nettement dans ma mémoire le bégaiement bizarre d'un nom, j'aurais cherché vainement la trace d'une église dans mes souvenirs lacunaires de Saint-Brévin-les-Pins. Je l'ai donc découverte cet été avec un brin d'amusement, moins haute de nef que la mairie d'une laideur nazairienne dont elle est la voisine, à peine plus haute de clocher que l'immeuble sordidement moderne qui lui fait face.  Elle a l'air -dans sa bonhomie romane restaurée proprettement- d'être une vénérable demoiselle venue exprès pour donner un peu de chic à la station et qui aurait pris soin de se confectionner une robe neuve, inspirée de modèles anciens. Ses chiens assis aux allures très profanes sont ardoisés de frais. Ses minces vitraux, cernés d'ombre mate dans leur embrasure miel, lancent au passage de vif reflets de soleil, sourient comme des yeux complices au torse nu des vacanciers. L'antique religieuse semble revivre une jeunesse à demi païenne dans l'insouciance des beaux jours.

 

   L'avenue du Maréchal Foch, légèrement ondulante, nous entraîne vers le sud entre des maisons aux toits de semblables tuiles. Plates, écussonnées, elles sont d'un orangé fade qui déplaît d'abord au regard. Elles ne supportent pas le grand soleil comme les tiges de botte campagnardes et rougeaudes. Mais, que la lumière s'opalise un rien et leur ocre trop sec s'embrume d'une vapeur rose, qu'on n'avait pas perçue d'abord et qui émeut. L'oeil s'amuse aux pignons qui pointent malicieusement au milieu d'une largeur de pente, mitrent un avant-corps latéral, somment en façade l'étroite demeure qui se faufile dans un jardinet. Tantôt la toiture y fait saillies en plat-bord de barque où, sous les voliges gris de mer, les pannes avancent des moulures d'étraves. Tantôt elle se rabat en capuche, faisant au pignon une manière de chaperon rose.

 

   Au rond-point de Santanora, on sent déjà le forêt mais on y entre plus loin en contournant le Fief, vers la Bridelais où les pins sont dispersés parmi des essences plus fraîches. De la Fouilleuse à Neuvilette, on ne trouve point non plus ces étouffantes pinèdes qui grésillent sous le soleil d'août comme aux Rochelets, là où les lotissements se dispersent entre les landes de dunes. des souvenirs d'aigres piqûres en foulant pieds nus les aiguilles mal sèches, d'insupportables frottements sur le torse de ces blaireaux traîtres aux piquants de hérisson ont fini par irriter ce qui dans le regard communique aux entrailles. Et, quand la lumière croûte de sang séché le magmas épineux dont l'olivâtre se fume ou se décolore, qu'elle chauffe à blanc ici ou là les poils dispersés d'une brosse de métal, alors on n'ouvre pas les poumons sans malaise à l'air résineux et compact, on craint de faire frôler à la plèvre les aiguilles qui brûlent. Autour des akènes desséchées, le sable du talus craquelle, sali de poussière âcre. Entre les yeuses qui montent sous la futaie, l'ombre à des noirceurs de brandon fumant. Et la trouée de soleil, là-bas, sablonneuse entre les ronces, dont la profondeur semble être creusée à même notre nausée naissante, se beurre d'une lumière rancie.

 

   Je n'ai pas l'âme landaise et ne rêve pas de canicule. Mes arbres d'été sont les acacias qui ont à l'Océan leur avenue dont ils comblent la perspective. Le nom même, à le prononcer, fait une agacerie délicieuse à la bouche et je retrouve mes menottes d'enfant à enserrer les tiges, les riper jusqu'à sentir dans la paume toute la fraîcheur tendre des feuilles arrachées. Les acacias se mêlent aux chênes, avenue de La Forêt, et versent jusqu'aux bouquets de lauriers-tins leurs frondaisons lascives. En haut de la voie sylvestre, les villas respirent le bord de mer et intercalent entre des haies de troènes ou de chênes verts des petits jardins à murs bas, fleuris d'hibiscus, de parterres de dahlias ou de glaïeuls en arrière plan, de quelques roses, mais la perspective de l'avenue verdoie toute là où la chaussée s'effondre. Les frondaisons des pins somment en masse touffue le relief végétal qui grimpe d'un ravin mystérieux. Ce n'est pas comme l'allée des Cigales remontée vers deux heures quand il fait trop chaud, en sortant de l'allée du Rocher Vert : l'oeil s'y heurte d'entrée à un panneau biaisant où les aiguilles des pins trop proches brossent en lignes crochues et diagonales des roussoiements d'incendie aux stries verdâtres, avec cette grossière nervosité de touche que je n'aime pas. Là, dans la fluide lumière de onze heures, je ralentis l'allure, je retiens mon souffle, j'installe en ma poitrine les volutes bleuâtres, les mamelons blafards, les coulées de mousse émeraude, les glacis d'un frais tilleul, je tâche de faire surgir en moi, du même tréfonds délicieux d'où ils s'élèvent à mon regard, ces rinceaux de feuillage pétrifiés comme à l'encaissement d'une gorge, sous les frondaisons émoussées des grands pins.

 

 

 

 

 

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 10:21

Nous vivons souvent le présent sans recul. Nous le vivons aussi sans prise, livré au premier courant qui monte. A la gauche de la gauche l'effet Mélenchon est celui-là.

 

Lorsqu'il y a à peine six mois, entre les deux tours des primaires, la bataille à gauche s'échauffait, que les passions commençaient à aveugler, se souvient-on que l'enjeu n'était pas de désigner un chef au "peuple de gauche" mais bien de désigner celui qui allait pouvoir rassembler sur son nom, avec la mission de mettre en oeuvre un programme de réformes élaboré à gauche, la moitié et plus des électeurs français ? C'est François Hollande qui a été désigné nettement , incontestablement. Pas une autre. Pas un autre. Ce sera lui le prochain président ou Sarkozy. Et ce sera Sarkozy sûrement si, après la primaire à gauche la plus large, la plus démocratique qui ait jamais été, on voudrait en refaire une impromptue à contretemps.

 

Il ne faut pas se dissimuler les choses. Ceux qui appellent à voter Mélenchon au premier tour le font dans cet esprit-là et en dehors de toute raison. On l'a dit, on ne le répètera jamais assez, la bataille sur l'ampleur des réformes se jouera aux législatives, pas avant. La livrer aujourd'hui c'est créer la confusion. C'est ignorer les règles propres de l'élection présidentielle.

 

Beaucoup de ceux qui écrivent proclament : "je voterai Mélenchon au premier tour mais Hollande au second. Quel risque fais-je courir à la gauche ?"

 

D'abord le risque de perdre au premier tour comme en 2002. On me dit que ce risque s'éloigne. Je le veux bien mais il n'a pas disparu. En 2002 les sondages donnaient 12 % à Le Pen. Il en a eu 17. Les sondages en donnent maintenant 17 à sa fille : qui peut penser qu'elle n'en aura pas 22 ou 23 ? C'est à l'extrême droite, on le sait, que les évolutions se font le plus rapidement et que les sondages les mettent le moins en évidence. Jusqu'au 22 avril rien n'est donc sûr de ce côté-là. En revanche ce qui est nettement en voie aujourd'hui par cette volonté que je dénonce chez certains de vouloir faire du premier tour des primaires Hollande-Mélenchon, c'est une baisse de Hollande  qui pourrait à la fin perdre autant de points qu'en gagnerait le représentant du FDG peut-être mais surtout Marine Le Pen. Ainsi on aurait au deuxième tour la fille après le père. Et la situation de 2002 en pire avec le choix  Le Pen-Sarkozy.

 

Perdre au premier tour, c'est terrible. Mais perdre au second , ce n'est guère mieux. Or, s'il n'y a pas un sursaut, c'est ce qui attend la gauche. Pour deux raisons.

 

La première est celle que j'appellerais la dynamique de l'abstention.  Les Mélenchonistes affirmant qu'ils voteront Hollande au second tour le feront, je n'en doute pas. Mais il faut voir le plus souvent le ton sur lequel ils le disent. Ceux qui sont gagnés par l'enthousiasme  du vote Mélenchon sans trop de conscience ou d'expérience politique ne seront certes pas convaincus ainsi de bouger de chez eux le six mai. Les sondages ont montré un effritement du report des voix de Mélenchon sur Hollande : que dire de plus ?

 

La deuxième raison se situe au centre. C'est là que va se jouer la bataille décisive du second tour comme elle s'est toujours jouée et se jouera toujours à l'élection présidentielle. Les futurs électeurs de Bayrou n'aiment pas Sarkozy, c'est une quasi certitude. Mais ils sont tous sensibles aux risques économiques que ferait connaître à la France une gauche travaillée par les divisions et les surmontant par la surenchère. Une gauche radicale montée en puissance déclenchera un réflexe de peur dans l'électorat modéré.

 

J'ai vu certains écrire : "en 81 le communiste Marchais avec plus de 15 %  des voix n'a pas empêché Mitterrand d'être élu. Pourquoi Mélenchon empêcherait-il l'élection de Hollande avec à peine 15% ? " La réponse est simple. En 1981 le PC à 15%  c'était l'événement exactement inverse au Front de Gauche à 15% aujourd'hui. Le PC à 15% alors qu'il était à 20 % aux précédentes législatives encore, c'était la défaite des communistes, la certitude de la primauté des socialistes à gauche, l'assurance qu'il n'y aurait pas l'installation en France d'une démocratie populaire semblable à celles qui se maintenaient alors dans les pays de l'Est. Le PC à 15%, c'est ce qui a permis à une frange de l'électorat modéré, peut-être deux ou trois pour cent, de faire la différence. Certes en 2012 la situation internationale est totalement différente de celle qu'elle était en 1981. Les électeurs de Bayrou ne craignent quand même pas que la France devienne la Tchécoslovaquie de l'époque. Mais ils craignent peut-être qu'elles deviennent la Grèce d'aujourd'hui.

 

Enfin parlons de Sarkozy un peu quand même. Parlons de sa dernière mise en scène pour mettre des islamistes derrière les barreaux, en expulser certains, interdire l'entrée du pays à d'autres, ranimer l'angoisse de l'insécurité et la peur de l'Islam. Parlons de Sarkozy qui, hier même à Nice, appelait les électeurs du FN à voter pour lui en masse dès le premier tour, pour lui qui se veut incarner les "valeurs" de la droite jusqu'à l'extrême. Que ne fera-t-il pas demain pour jouer avec les craintes des modérés comme il vient de jouer avec les démons de l'extrême droite ? Prêt à tous les cynismes et toutes les flagorneries, il essaiera jusqu'au bout, par tous les moyens, de l'emporter au centre.

 

Des partisans ou des proches du Front de Gauche appellent Hollande à radicaliser soudain son programme, à improviser des changements. Il ne le fera pas. Il ne peut pas le faire. S'il le fait, Sarkozy lui tombera dessus et gagnera le deuxième tour à coup sûr.

 

A chacun alors à gauche de prendre ses responsabilités, sachant que la victoire, si elle peut se faire encore avec quelques points d'avance, se manquera de moins d'un point peut-être, voire d'une poignée de voix. Quel que soit le coeur que l'on ait, la raison commande de voter Hollande au premier tour. Parce que ce vote est dans la continuité du processus des primaires engagé depuis 2009 et qu'il peut permettre de lui donner un réel aboutissement, parce que ce vote est l'unique moyen de permettre sans risque l'élection de Hollande au deuxième tour en faisant de lui, devant toute la France, le représentant d'une gauche unie pour l'essentiel, prête à entreprendre un réel changement, dont les législatives décideront de l'ampleur.

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Published by les carnets de Clément Dousset - dans politique
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