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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 10:21

Nous vivons souvent le présent sans recul. Nous le vivons aussi sans prise, livré au premier courant qui monte. A la gauche de la gauche l'effet Mélenchon est celui-là.

 

Lorsqu'il y a à peine six mois, entre les deux tours des primaires, la bataille à gauche s'échauffait, que les passions commençaient à aveugler, se souvient-on que l'enjeu n'était pas de désigner un chef au "peuple de gauche" mais bien de désigner celui qui allait pouvoir rassembler sur son nom, avec la mission de mettre en oeuvre un programme de réformes élaboré à gauche, la moitié et plus des électeurs français ? C'est François Hollande qui a été désigné nettement , incontestablement. Pas une autre. Pas un autre. Ce sera lui le prochain président ou Sarkozy. Et ce sera Sarkozy sûrement si, après la primaire à gauche la plus large, la plus démocratique qui ait jamais été, on voudrait en refaire une impromptue à contretemps.

 

Il ne faut pas se dissimuler les choses. Ceux qui appellent à voter Mélenchon au premier tour le font dans cet esprit-là et en dehors de toute raison. On l'a dit, on ne le répètera jamais assez, la bataille sur l'ampleur des réformes se jouera aux législatives, pas avant. La livrer aujourd'hui c'est créer la confusion. C'est ignorer les règles propres de l'élection présidentielle.

 

Beaucoup de ceux qui écrivent proclament : "je voterai Mélenchon au premier tour mais Hollande au second. Quel risque fais-je courir à la gauche ?"

 

D'abord le risque de perdre au premier tour comme en 2002. On me dit que ce risque s'éloigne. Je le veux bien mais il n'a pas disparu. En 2002 les sondages donnaient 12 % à Le Pen. Il en a eu 17. Les sondages en donnent maintenant 17 à sa fille : qui peut penser qu'elle n'en aura pas 22 ou 23 ? C'est à l'extrême droite, on le sait, que les évolutions se font le plus rapidement et que les sondages les mettent le moins en évidence. Jusqu'au 22 avril rien n'est donc sûr de ce côté-là. En revanche ce qui est nettement en voie aujourd'hui par cette volonté que je dénonce chez certains de vouloir faire du premier tour des primaires Hollande-Mélenchon, c'est une baisse de Hollande  qui pourrait à la fin perdre autant de points qu'en gagnerait le représentant du FDG peut-être mais surtout Marine Le Pen. Ainsi on aurait au deuxième tour la fille après le père. Et la situation de 2002 en pire avec le choix  Le Pen-Sarkozy.

 

Perdre au premier tour, c'est terrible. Mais perdre au second , ce n'est guère mieux. Or, s'il n'y a pas un sursaut, c'est ce qui attend la gauche. Pour deux raisons.

 

La première est celle que j'appellerais la dynamique de l'abstention.  Les Mélenchonistes affirmant qu'ils voteront Hollande au second tour le feront, je n'en doute pas. Mais il faut voir le plus souvent le ton sur lequel ils le disent. Ceux qui sont gagnés par l'enthousiasme  du vote Mélenchon sans trop de conscience ou d'expérience politique ne seront certes pas convaincus ainsi de bouger de chez eux le six mai. Les sondages ont montré un effritement du report des voix de Mélenchon sur Hollande : que dire de plus ?

 

La deuxième raison se situe au centre. C'est là que va se jouer la bataille décisive du second tour comme elle s'est toujours jouée et se jouera toujours à l'élection présidentielle. Les futurs électeurs de Bayrou n'aiment pas Sarkozy, c'est une quasi certitude. Mais ils sont tous sensibles aux risques économiques que ferait connaître à la France une gauche travaillée par les divisions et les surmontant par la surenchère. Une gauche radicale montée en puissance déclenchera un réflexe de peur dans l'électorat modéré.

 

J'ai vu certains écrire : "en 81 le communiste Marchais avec plus de 15 %  des voix n'a pas empêché Mitterrand d'être élu. Pourquoi Mélenchon empêcherait-il l'élection de Hollande avec à peine 15% ? " La réponse est simple. En 1981 le PC à 15%  c'était l'événement exactement inverse au Front de Gauche à 15% aujourd'hui. Le PC à 15% alors qu'il était à 20 % aux précédentes législatives encore, c'était la défaite des communistes, la certitude de la primauté des socialistes à gauche, l'assurance qu'il n'y aurait pas l'installation en France d'une démocratie populaire semblable à celles qui se maintenaient alors dans les pays de l'Est. Le PC à 15%, c'est ce qui a permis à une frange de l'électorat modéré, peut-être deux ou trois pour cent, de faire la différence. Certes en 2012 la situation internationale est totalement différente de celle qu'elle était en 1981. Les électeurs de Bayrou ne craignent quand même pas que la France devienne la Tchécoslovaquie de l'époque. Mais ils craignent peut-être qu'elles deviennent la Grèce d'aujourd'hui.

 

Enfin parlons de Sarkozy un peu quand même. Parlons de sa dernière mise en scène pour mettre des islamistes derrière les barreaux, en expulser certains, interdire l'entrée du pays à d'autres, ranimer l'angoisse de l'insécurité et la peur de l'Islam. Parlons de Sarkozy qui, hier même à Nice, appelait les électeurs du FN à voter pour lui en masse dès le premier tour, pour lui qui se veut incarner les "valeurs" de la droite jusqu'à l'extrême. Que ne fera-t-il pas demain pour jouer avec les craintes des modérés comme il vient de jouer avec les démons de l'extrême droite ? Prêt à tous les cynismes et toutes les flagorneries, il essaiera jusqu'au bout, par tous les moyens, de l'emporter au centre.

 

Des partisans ou des proches du Front de Gauche appellent Hollande à radicaliser soudain son programme, à improviser des changements. Il ne le fera pas. Il ne peut pas le faire. S'il le fait, Sarkozy lui tombera dessus et gagnera le deuxième tour à coup sûr.

 

A chacun alors à gauche de prendre ses responsabilités, sachant que la victoire, si elle peut se faire encore avec quelques points d'avance, se manquera de moins d'un point peut-être, voire d'une poignée de voix. Quel que soit le coeur que l'on ait, la raison commande de voter Hollande au premier tour. Parce que ce vote est dans la continuité du processus des primaires engagé depuis 2009 et qu'il peut permettre de lui donner un réel aboutissement, parce que ce vote est l'unique moyen de permettre sans risque l'élection de Hollande au deuxième tour en faisant de lui, devant toute la France, le représentant d'une gauche unie pour l'essentiel, prête à entreprendre un réel changement, dont les législatives décideront de l'ampleur.

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Published by les carnets de Clément Dousset - dans politique
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