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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 10:40

 

 

 

   

 

                                          2-Mindin

 

   A l'autre extrémité du littoral brévinois, Mindin c'est la Loire et Saint-Nazaire au bout d'une esplanade désolée où la grand-route ne mène plus. C'était pour nous l'embarcadère, une annexe de la ville aux immeubles gris bleu dont les découpures semblaient pratiquées à même la bande de carton grisâtre qui s'obscurcissait à l'ouest en s'amincissant. Deux bacs, trois même à la grande époque faisaient la navette, grossissant par à-coups aux regards un temps distraits de l'attente. Sur l'eau d'un vert caoutchouteux et aux reflets de toile cirée, la minuscule nacelle détachée de la côte que sa forme me faisait confondre avec une pâtisserie fut très longtemps pour moi sans le moindre rapport avec cette ville flottante où il y avait des parkings, des ponts, des arcs de triomphe, des salles à manger d'hôtel aux boiseries claires, des odeurs de garage et de sardines. Le bateau transbordeur perdit enfin son mystère mais pour rythmer d'autres tourments. Je ressens encore ses grandes secousses quand il heurtait en partant dans la nuit d'hiver les énormes piliers noirs. Les vacances de Noël ou de mardi-gras peut-être étaient achevées. Après les adieux de l'embarcadère, je rentrais seul pour ma pension guérandaise cette terrible année de sixième. J'avais fui quelques gouailleurs condisciples pour m'isoler dans un coin du grand salon, près d'un hublot enténébré  où je collais mes yeux et mes larmes. Des vagues mauvaises, frôlées d'un glauque éclairage, rebondissaient dans l'ombre au rythme  grandissant du roulis comme si elles voulaient précipiter mon arrachement douloureux... Mais, les matins de printemps, n'allongeait-il pas exprès sa route ce vaisseau qui paressait dans l'estuaire bleui lorsque je guettais pour voir enfin sans son glacis de brume, au nord de la ville verte et rose, le portique d'un blanc de nougat près duquel déjà, peut-être, on m'attendait ? Arrivées...Départs... La fureur pontifère n'a pas seulement détruit un panorama d'exception, elle a fait cesser à tout jamais un jeu fécond de séparations et de retrouvailles qui pouvait élargir cet estuaire aux dimensions d'une vie d'homme. Les trois colonnes de madriers noircis languissent près de l'embarcadère désaffecté et la sirène qui secouait les viscères de son mugissement brutal ne résonne plus, lointaine que dans cet écho nasillard, dénaturé pour moi maintenant : Mindin !

 

 

 

 

                       

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Published by les carnets de Clément Dousset - dans écriture
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