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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 15:54

 

Dans le bus de Vincennes qui me conduit au métro pour retourner à la gare et, de là, vers ma province, une femme noire se penche vers moi, accroche son regard vers le col de mon blouson : "vous étiez là hier ?" Je comprends en même temps que c'est mon badge qu'elle fixe : "François Hollande 2012". Je revois ses yeux derrière ses lunettes, bruns et lumineux, comme éblouis encore : "Ces gens...tous ces gens... j'en avais la chair de poule.  je suis allée à la Bastille pour Mélenchon, mais c'était pas ça, pas tant !"...

C'est merveilleux ce besoin de parler qui fleurit chez les gens, les pousse à s'adresser à l'inconnu, à celui qui n'a même pas sa couleur de peau mais qui porte sur lui ce petit signe qui appelle la confiance, à parler de ce qu'on a vécu de profond, de fort.

 

Je pensais avant de prendre ce bus à ce que j'allais pouvoir écrire pour témoigner. Mais je n'ai même pas à écrire. J'ai juste à transcrire ces mots qu'on m'a dits, montrer ces images cueillies dans la confusion heureuse. Et ces mains qu'on a serrées , et cette houla qu'on a faite. Et ce blanc fantôme d'une justice blessée venue danser avec nous.

 

Peut-être, comme cette jeune femme noire, avais-je peur d'y croire jusque là, peur de ce que Hollande appelle l'"anesthésiante euphorie". Mais il y a des moments, c'est comme ça, c'est trop évident et c'est trop doux. Tous ces gens si divers, si simples, si ouverts, si fraternels. Cette rencontre d'un discours qui dit l'unité, l'égalité, la solidarité, la fraternité et d'une réalité palpable comme l'air plus léger soudain. Ce rêve qui n'est pas fumeuse utopie, qui sait prendre la mesure des choses et des obstacles, et qui est porté avec nous par l'assurance affichée d'un homme.

 

C'est Delanoë, je crois, qui parla de cette place de la "Discorde", cette place avec des carrés comme des bataillons hostiles, ces allées entre comme des fossés qui séparent, ces drapeaux uniformes empoignés comme des armes.

 

Là, à Vincennes, de l'esplanade aux allées, personne qui ne soit à portée de main ou à continuité de vague. Sauf bien sûr, ceux qui étaient espérés quand même mais qui ont choisi de s'isoler dans leur extrémisme farouche et leur mépris. Ceux qui ne veulent pas que la gauche gouverne tout en se réclamant d'elle. Ceux qui, chaque jour, à longueur de billets, d'articles, de blogs passent leur temps à stigmatiser le candidat des socialistes et les socialistes eux-mêmes, qui parlent de l'UMPS de la même façon que le Front National, qui mettent tout leur talent, leur ironie, leurs sarcasmes, leur mesquinerie aussi, leur hargne parfois à salir l'espoir qu'on est venu chanter à Vincennes et à l'étouffer. Qu'ils en prennent la mesure au moins !


 

 

 

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Published by les carnets de Clément Dousset - dans politique
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